Portrait : Roger Angles : Une mémoire vivante de la Résistance à Châtillon

Il a fêté ses 100 ans en février dernier. Il n'a jamais écrit ses mémoires. Il les raconte.

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Dans les rues de Châtillon, un homme de 100 ans promène son chien et ses souvenirs intacts.
Il s’appelle Roger Angles.
Résistant, témoin, passeur de mémoire, il est l’une des dernières voix à pouvoir dire ce que furent ces années d’ombre où des femmes et des hommes ordinaires choisirent, au péril de leur vie, de résister.

Roger Angles parle peu de cette période. Mais quand il le fait, chaque mot porte.
Au gré de ses promenades quotidiennes dans Châtillon, ville où sa famille est enracinée depuis trois générations, il partage volontiers ses souvenirs avec quiconque prend le temps de s’arrêter.
Son fils Michel vit lui aussi à Châtillon, perpétuant cet attachement profond à la ville.
Transmettre, pour eux, est une forme d’engagement en soi.

« La Résistance naît ainsi de gestes simples, portés par la discrétion autant que par le courage »

Sans chercher la gloire ni le bruit, il accomplit sa part, avec l’abnégation de ceux qui savent que l’essentiel se fait dans l’ombre.

Après les ravitaillements alimentaires, les risques s’intensifient : Roger effectue des transports de munitions, des transmissions de messages entre les différents maquis et surtout il renseigne la Résistance sur les effectifs et les déplacements des troupes allemandes du camp de La Courtine, ce qui a permis de sauver de nombreux maquisards.

De ces années, Roger se souvient particulièrement de ses camarades arrêtés, emprisonnés et même fusillés, souvent après une dénonciation.
« Il fallait désormais se taire, se méfier, survivre…. »

Après la Libération, comme beaucoup, Roger Angles reprend sa vie à Châtillon sans en parler.
Mais le lien avec la Corrèze et la Creuse ne se rompt pas.
Depuis la fin de la guerre, il est le correspondant parisien de l’association des Maquis de la Haute-Corrèze — un rôle à son image : discret, constant, fidèle.
Peu de mots, mais un engagement qui ne s’est jamais démenti depuis plus de quatre-vingts ans.

En témoignant encore aujourd’hui, il incarne quelque chose d’irremplaçable : la mémoire d’un engagement fait de discrétion, de courage et d’abnégation, celle de résistants qui n’ont jamais attendu qu’on les remarque.
Une mémoire qui ne se résume pas aux grandes dates, et qui, à Châtillon, se transmet encore, de génération en génération, simplement en prenant le temps d’écouter.

C’est son fils Michel qui œuvre depuis quelques années à faire reconnaître ce parcours.

Titulaire de la Croix du combattant volontaire de la Résistance, Roger Angles sera décoré de la Légion d’Honneur en octobre prochain, une reconnaissance tardive, mais pleinement méritée.