Port nordique (Amsterdam) - 1973 -
aquarelle sur papier - 28 x 76 cm
Choix d’œuvres sur papier et sur toile,
1973 - 1993
Des marais de son enfance
picarde à son ultime aquarelle crépusculaire peinte dans son petit atelier
clamartois d’où il apercevait les lumières de Châtillon ; des sables de la
baie de Somme à ceux du désert algérien ; des vignes espagnoles aux
moissons de la Beauce ; du port d’Amsterdam aux rochers de Bréhat, entre
autres… la Maison des Arts de Châtillon proposera
- à travers le choix d’œuvres essentiellement sur papier (aquarelles,
lavis, pastels…) ponctué de quelques huiles sur toile significatives - un
voyage inédit dans l’œuvre d’Alfred Manessier (1911-1993) sur le thème de
certains paysages qu’il a particulièrement aimés, de nuit ou de jour, au
rythme des saisons, puis transposés en peinture avec tant de bonheur au
cours des vingt dernières années de sa vie.
Manessier - 1989
L'exposition
est organisée en liaison avec l’Association Alfred Manessier et les
enfants du peintre Jean-Baptiste et Christine Manessier.
Le jardin enneigé, de nuit (Clamart)
- 1986
Originalité de l'exposition proposée
Chaque nouveau lieu d’exposition devrait remplir la mission de faire
découvrir autrement les œuvres d’un artiste ou bien dévoiler un pan encore
inconnu de son travail. Puisse cette exposition répondre à ce double
objectif.
L’intimité des cinq
pièces (et non des salles) de la Maison des Arts de Châtillon, si
chaleureuse, nous a incité à regrouper, dans un ordre volontairement non
chronologique, une quarantaine d’œuvres par affinité de cinq sources
d’inspiration et en fonction justement de leur caractère intimiste pour la
plupart.
La
conception de cette présente exposition thématique d’un artiste souvent
qualifié de « paysagiste abstrait » ou de « peintre de la couleur » a
directement été inspirée par la poésie du lieu lui-même, de son cadre et
de son environnement, si près de Paris, près d’un parc portant le nom de
Matisse, au cœur d’un village construit autour de son église dont
Manessier pouvait apercevoir le clocher depuis sa maison de Clamart où il
a vécu à la fin de sa vie.
Le visiteur
accueilli dans une vraie maison aux multiples fenêtres donnant sur le
jardin - et non pas dans un lieu culturel impersonnel, aseptisé et souvent
trop directif - aura le privilège de pouvoir d’emblée découvrir librement
une série d’esquisses et d’études sur papier au pastel ou à l’huile tout à
fait inédite et surprenante, en liaison avec le paysage environnant : la
banlieue sud de Paris… On entrera même dans la fraîcheur et le charme du
dernier jardin du peintre qui aimait tant pratiquer le jardinage pour se
détendre.
Pastel gras - 36 x 15 cm
Présentation de l’artiste
Reconnu dès 1945 comme l’une des figures majeures de sa génération, Alfred
Manessier est né le 5 décembre 1911 en Picardie, à Saint-Ouen, village
situé entre Abbeville et Amiens - villes où il passe son enfance et sa
jeunesse. Il commence à peindre sur le motif, dès l’âge de douze ans, dans
la Baie de Somme, son paysage de prédilection jusqu’à la fin de sa vie.
À
Paris de 1931 à 1935, il reçoit à l’École nationale des beaux-arts une
formation en architecture par obéissance à son père ; parallèlement, sa
passion pour la peinture l’attire au Louvre pour copier Rembrandt,
Tintoret, Rubens, Renoir… Le soir, il fréquente certaines Académies
libres de Montparnasse, puis l’Académie Ranson. Ses œuvres de jeunesse
sont influencées par le Cubisme, puis par le Surréalisme.
Manessier - 1973
Un service militaire prolongé, les suites du décès de son
père en 1936, les débuts de la guerre (mobilisation) l’obligent à
délaisser la peinture qu’il peut enfin reprendre à Paris en 1942, un an
après l’exposition Vingt Jeunes Peintres de Tradition française, avec Bazaine, Lapicque et les artistes qui imprimeront
courageusement pendant l’Occupation un nouveau mouvement de peinture
vivante non-figurative et porteuse d’espoir. Après la Libération, sa
renommée devient vite internationale (1er Prix de peinture à la
Biennale de São Paulo en 1952 ; Grand Prix de peinture de l’Institut
Carnegie de Pittsburgh en 1955 ; Grand Prix de peinture de la XXXIe
Biennale de Venise en 1962, en même temps que Giacometti pour la
sculpture).
Peintre à la fois sensible aux lumières du Nord (Baie de
Somme, Flandres, Hollande, Canada, Suède), mais aussi aux lumières du Sud
(Provence, Espagne, Algérie) et à bien d’autres encore (Beauce,
Île-de-France, Banlieue parisienne, Perche, Bretagne, Jura…) ; les transpositions picturales (dessin, lavis d’encre,
aquarelle, huile…) des paysages qui l’ont ému personnellement et
profondément sont autant d’odes à la nature offertes « en direct » à notre
propre émotion.
Par ailleurs, Manessier n’a pas eu peur d’exprimer
véhémentement dans sa peinture, sa foi de converti et sa révolte face à la souffrance, à l’injustice. Témoin de
drames de son temps, il a peint entre autres : Requiem pour Novembre
1956 - Hommage à Martin Luther King, 1968 – Procès de Burgos,
1970-1971 - Vietnam-Vietnam, 1972 - Pour la mère d’un condamné à
mort, 1975 - L’Otage, 1987…
Premier artiste à avoir eu l’audace en 1948 de poser des
vitraux non-figuratifs dans une église (Les Bréseux, Doubs), sa
contribution au renouveau de l’Art sacré d’après-guerre est indéniablement
prépondérante. De nombreux travaux (vitraux, tapisseries, vêtements
liturgiques, costumes de théâtre, mosaïques, émaux, estampes,
lithographies, livres illustrés…) complètent abondamment son œuvre peint,
dont le catalogue raisonné est en cours d’établissement.
Manessier et Dominique Bozzo
(Directeur du musée national d'art moderne)
dans l'atelier d'Emancé en
1988
Six mois après la Rétrospective de son œuvre au Grand-Palais
à Paris (7.10.1992-4.01.1993), deux mois après l’inauguration de
l’ensemble des vitraux de l’église du Saint-Sépulcre
d’Abbeville, la ville de son enfance, il meurt le dimanche 1er
août 1993 à la suite d’un accident de voiture et de soins négligés à
l’hôpital d’Orléans-La Source.
Association Manessier - 48, rue Carvès - 92120
Montrouge