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Un hangar, vaste et banal, est encombré,
envahi de matériaux, pièces usinées, plaques diverses, rebuts de ferraille
entassés, empilés, formes rustres en attente ou reste aléatoire de la
confrontation entre l'artiste et la matière, que le temps unifie de
poussières métalliques. Étrange univers désordonné et dérisoire que
ponctuent insolentes, baroques, excessives, généreuses des œuvres
achevées. Immédiatement identifiables, elles s'imposent au milieu des
substances anonymes et matricielles. Curieux destin que celui de ces
aciers inoxydables magnifiés par la force de l'acte créatif. Féraud
réinsuffle la vie à des éléments inertes. Il rompt leur état d'abandon en
les introduisant dans ses compositions, intervient dans leur
prédestination, les détourne de leur vocation pour les inclure dans de
nouvelles histoires. Une mutation se manifeste. En associant des éléments
hétéroclites, en les liant par la flamme, Féraud libère des formes uniques
et originales où la matière vibre de secrètes sonorités. L'addition,
l'accumulation maîtrisée d'ingrédients disparates et inactifs donnent
naissance à des morphologies mouvantes. Nous sommes en présence d'une
alchimie où le métal n'est pas transmuté mais son intériorité réactivée.
Des corps paraissent. Des mondes végétaux, cellulaires se développent. Du
seul fait des matités ou des luminances, de leur relation, l'acier capte
la lumière, la renvoie, la piège, l'amplifie. La corrélation des formes,
le jeu des soudures, la préciosité ou la rugosité des surfaces ajoutent
aux frémissements qui émanent de chaque sculpture. Sculptures, lianes,
racines, femmes, comme happées par la lumière qui les dresse alors
qu'elles semblent prêtes à s'infiltrer dans le sol qui les reçoit. Elles
sont respirations, palpitations. Elles continuent au-delà de ce qu'el- les
montrent, à susciter le mouvement. Elles irradient bizarrement des forces
libérées. Forces qui résultent d'un face à face exclusif et dangereux.
Sculpteur qui sait le combat avec les éléments, Féraud perpétue et innove
dans ce long et périlleux contact. Son œuvre s'inscrit dans la lignée de
celles qui marquent de leurs traces, de leurs différences le siècle
qu'elles traversent.
Solitaire et nu, Féraud se brûle dans un
corps à corps existentiel afin que la sculpture conserve, au-delà des
appréciations et des mots, des modes et du temps, sa vertu majeure, la
vérité. Au soir d'un siècle empêtré dans ses contradictions, dévoyé par
les apparences et les illusions, Féraud assume avec majesté et modestie,
la pérennité d'une création vraie, agressive où homme, esprit et matière
confondus tentent la plus essentielle des rencontres.
Michel Faucher
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