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Albert Féraud

du 3 au 28 mai 1995

   
     
 

          

On ne peut pas parler de Féraud, de ses sculptures sans dire son atelier, ses espaces... L'œuvre y prend certes son souffle mais elle s'en détache avec superbe, le moment venu, presque naturellement, comme une cellule aboutie s'éloigne de la masse qui la génère. Les lieux de Féraud sont psychiquement et physiquement imprégnés d'une atmosphère de gestation.

 

Un hangar, vaste et banal, est encombré, envahi de matériaux, pièces usinées, plaques diverses, rebuts de ferraille entassés, empilés, formes rustres en attente ou reste aléatoire de la confrontation entre l'artiste et la matière, que le temps unifie de poussières métalliques. Étrange univers désordonné et dérisoire que ponctuent insolentes, baroques, excessives, généreuses des œuvres achevées. Immédiatement identifiables, elles s'imposent au milieu des substances anonymes et matricielles. Curieux destin que celui de ces aciers inoxydables magnifiés par la force de l'acte créatif. Féraud réinsuffle la vie à des éléments inertes. Il rompt leur état d'abandon en les introduisant dans ses compositions, intervient dans leur prédestination, les détourne de leur vocation pour les inclure dans de nouvelles histoires. Une mutation se manifeste. En associant des éléments hétéroclites, en les liant par la flamme, Féraud libère des formes uniques et originales où la matière vibre de secrètes sonorités. L'addition, l'accumulation maîtrisée d'ingrédients disparates et inactifs donnent naissance à des morphologies mouvantes. Nous sommes en présence d'une alchimie où le métal n'est pas transmuté mais son intériorité réactivée. Des corps paraissent. Des mondes végétaux, cellulaires se développent. Du seul fait des matités ou des luminances, de leur relation, l'acier capte la lumière, la renvoie, la piège, l'amplifie. La corrélation des formes, le jeu des soudures, la préciosité ou la rugosité des surfaces ajoutent aux frémissements qui émanent de chaque sculpture. Sculptures, lianes, racines, femmes, comme happées par la lumière qui les dresse alors qu'elles semblent prêtes à s'infiltrer dans le sol qui les reçoit. Elles sont respirations, palpitations. Elles continuent au-delà de ce qu'el- les montrent, à susciter le mouvement. Elles irradient bizarrement des forces libérées. Forces qui résultent d'un face à face exclusif et dangereux. Sculpteur qui sait le combat avec les éléments, Féraud perpétue et innove dans ce long et périlleux contact. Son œuvre s'inscrit dans la lignée de celles qui marquent de leurs traces, de leurs différences le siècle qu'elles traversent.

Solitaire et nu, Féraud se brûle dans un corps à corps existentiel afin que la sculpture conserve, au-delà des appréciations et des mots, des modes et du temps, sa vertu majeure, la vérité. Au soir d'un siècle empêtré dans ses contradictions, dévoyé par les apparences et les illusions, Féraud assume avec majesté et modestie, la pérennité d'une création vraie, agressive où homme, esprit et matière confondus tentent la plus essentielle des rencontres.

Michel Faucher

 

Albert Féraud

Membre de l'Institut

 
 
Sculpteur, né en 1921 à Paris.
École Nationale des beaux-arts, option sculpture.

Matières: pierre, bois, terre. Premier Grand Prix de Rome en 1951.

Évolution personnelle: passe de l'âge de pierre à l'ère de l'acier.

Maîtrise le métal et l'enserre dans son talent de création
Spécialité: l'imaginaire, le monumental.

Passion: un morceau d'acier, un poste de soudure et toujours, toujours, sculpter une autre forme, un nouveau volume, faire vivre l'abstrait.