|
 |
|
Yves ALCAIS
- Un chercheur de passages
Globalement articulée en deux phases complémentaires, ce qui retient,
d’emblée, dans la peinture d’Yves ALCAIS, c’est son unité, l’adéquation
entre l’esprit et la matière, incarnés au départ par des surfaces ourlées
de couleurs pures, induisant parfois l’idée de paysage, et bornées par des
bandes horizontales, mais fondées avant tout sur un sentiment méditatif
exempt de rapport direct au monde visible.
Puis,
passant graduellement du dépouillement au foisonnement, et dans cette
nouvelle appropriation spatiale on constate le pouvoir de fascination
exercé par l’écrit sur certains artistes, ALCAIS dévide maintenant les
variations d’un alphabet idéographique, sinon cryptographique, où son
imaginaire travaille au diapason de ses fibres sensitives.
Par
conséquent, après des années de maturation, si son œuvre a conservé en
amont et en aval ses rubans monochromes stabilisateurs, le champ
intermédiaire s’est désormais constellé d’une myriade de signes, de tirets
ou de tâches en cascade, mais harmonieusement distribués à la manière d’un
tressage interactif, où la transhumance du regard pourrait nous entraîner
hors de ses marges, si elle n’était volontairement canalisée dans sa
course par une pensée qui en commande le sens.
Toutefois,
ces écritures en apesanteur savamment ramifiées, n’ont aucune parenté avec
l’art mauresque ou les calligraphies orientales. Elles ne répondent qu’à
elles-mêmes, en jouant de leurs seules tensions, de leurs écarts ou de
leurs resserrements confidentielles ou martelées, transparentes ou
sonores, ces partitions mouchetées ou criblées de signes discontinus,
généralement inscrites sur des fonds clairs, développent conjointement un
processus d’apparition/effacement du signe, où ne subsiste que la trace,
c’est-à-dire, plus que son empreinte : son concept.
Néanmoins,
dans cet au-delà de l’ordre visuel convenu, ALCAIS délivre essentiellement
ce qu’il porte en lui depuis toujours, et stimule sa quête d’absolu. Et
cette quête d’absolu s’apparie à la recherche du passage, en communiant
avec Montaigne, qui écrivait : « Je ne cherche pas l’être, mais le passage
de l’être ». Là se tient à la fois l’ambiguïté et l’unité d’un tel
parcours.
Gérard
XURIGUERA
|