" PROMENADES "

  

La Maison des Arts de Châtillon propose du 5 avril au 21 mai 2006,

une promenade à travers les œuvres récentes de Xavier.

Cet artiste atypique et indépendant travaille par séries thématiques.

Le parcours de cette exposition permettra de découvrir :

La mystérieuse série dite du Crâne du cyclope, sortie des profondeurs de la

mythologie méditerranéenne avec la complicité d’André Chedid.

La spectaculaire série dite du Grand théâtre, où la vie,

la peinture et le spectacle ne font qu’un.

La minérale série dite de Piedras en el camino (Pierres sur le chemin),

où les pierres parlent aux humains qui veulent bien entendre.

La pédestre série dite du promeneur, où tout peut arriver au détour du chemin,

et enfin la succulente série dite La Grande Cuisine, où les fourneaux vous

réservent quelques surprenantes saveurs.

 

 

Xavier, une île au centre du monde

Il y a une île au milieu de la Méditerranée, un promeneur y flâne, libre, curieux. Il découvre un paradis naturel dans l’innocence d’un premier matin du monde, avant que l’homme civilisé ne le pollue. Les couleurs sont belles, saturées, intenses, les orangés, les roses, les marrons rouges contrastent avec les verts olive de la végétation, les bleus profonds du ciel et le blanc de l’écume.En gravissant une colline, il tombe sur une fontaine et une petite piscine naturelle où Ève se baigne dans toute l’innocence et la pureté de son élément naturel, l’eau. Telle une Vénus sortant de l’onde, on ne voit que sa tête, son érotique chevelure rousse, elle attire comme un aimant le promeneur, le peintre, le spectateur qui ne peut plus la quitter des yeux.  La femme est une île, une île dans l’île que le promeneur Adam, va également découvrir en ce premier matin du monde et à laquelle il va s’unir, naturellement, sans aucune idée malsaine de péché.

 

 

 

    

 

Ce promeneur est un contemplatif, avant de peindre, il regarde. Sur son chemin, dans cette île méditerranéenne, sèche, aride, il y a quelques arbres, magnifiés par leur solitude, mais il y a surtout des pierres, des pierres millénaires, volcaniques, mythiques puisque par leur dureté et leur durabilité elles incarnent la permanence,  la présence au monde, contrairement à nous, les hommes qui ne faisons que passer. Comme le dit si bien Tomás Paredes, tout chemin, tout voyage est initiatique, depuis le premier dans notre culture gréco-latine, celui d’Ulysse.Les pierres qui ponctuent le sentier que suit le promeneur, sont les repères de la voie de l’initiation qui mène à des lieux de communion entre le promeneur et le monde, cet espace méditerranéen à la fois naturel et culturel, mythologique.

Dans cette île il y a une ancienne maison et dans cette maison il y a une grande cuisine, car on ne vit pas que d’amour et d’eau fraîche.  C’est une cuisine ancienne d’une chaude tonalité chromatique, avec une belle cheminée, un chandelier, un plat en céramique, des batteries de casseroles, de poêles, une pierre d’évier, des aliments de base, patates, ail, salade, du vin parfois et une cuisinière qui s’active, qui étale sa pâte à tarte, mange de la salade ou se désespère  parce que ça brûle.  Il y a curieusement un côté solaire dans cet espace clos, la lumière vibre sur les murs qui rougeoient comme un four. Il y fait bon, il y fait chaud, les couleurs transposent la saveur, le goût des aliments. C’est aussi un lieu de mémoire. L’enfant qui regarde sa grand-mère au travail  en gardera toute sa vie le souvenir olfactif et sensuel. Par une petite fenêtre on aperçoit la nuit méditerranéenne, d’un bleu intense et la pâleur d’un croissant de lune. C’est le bonheur des choses simples et primordiales.

 

 

Il y a un grand théâtre dans l’île de Xavier, c’est le théâtre du Monde, c’est un théâtre à l’envers, le spectacle est dans la salle, dans les loges, petites scènes où se joue la comédie de la vie.Curieusement la scène aux rideaux rouges, couleur prépondérante de toute la série, ce pourpre symbole de richesse, d’apparence, de spectacularité, cette scène s’ouvre sur des paysages, la nature, la vraie vie. Xavier a-t-il voulu nous dire que nous ne sommes plus que des spectateurs de la vraie vie, dont nous sommes coupés par notre société du spectacle ?  En tout cas lui, dans la belle mise en abîme de la peinture qu’est le tableau « El gran teatro », il s’est placé du côté de la vraie vie, dans l’espace scénique « naturel », en plein air, devant son chevalet, à l’œuvre.

 

Il y a longtemps, dans cette île, vécut un cyclope anthropophage qui mangea deux des compagnons d’Ulysse.  Xavier, a retrouvé son crâne, comment, mystère ! Il a tiré de l’original un bronze qui trône dans le cabinet rouge de la Maison des Arts de Châtillon où les spectateurs pourront le vénérer. C’est un crâne de géant, énorme, éléphantesque, éléphantastique. Les hommes qui le portent paraissent des pygmées, les îliens lui vouent une sorte de culte mortuaire. Le crâne a toujours été présent dans la vie et l’œuvre de Xavier (Petits instants III, 1996),il l’était dans sa famille, dans la peinture de son père, de son grand oncle. C’est certainement une manière de conjurer la mort, surtout si, comme chez Xavier, la création artistique devient ludique, inventive, si ce crâne cyclopéen bouge, se retrouve comme un îlot dans la mer, se transforme ainsi en l’antre même du Cyclope, la concavité béante de son œil unique devenant la cavité de l’île.  Le crâne, c’est aussi comme la pierre, la permanence de l’homme, ce qui reste de notre passage sur terre, ce qui reste de ce cyclope fantastique, mythique et mystérieux.

 

 

La promenade dans les œuvres récentes de Xavier s’achève, l’œuvre d’art doit être l’expression d’un monde à la fois intérieur et extérieur. La découverte de l’île de Xavier est un parcours initiatique vers le bonheur, la joie de vivre, la tendresse et l’humour. C’est un monde complexe comme la vie, c’est un monde à la fois naturel et culturel, enraciné dans la culture et la nature méditerranéennes, une certaine joie de vivre, sensuelle, primitive, mais Xavier n’élude pas les dangers de l’aliénation du monde contemporain ni l’interrogation métaphysique sur la mort, mais il le fait avec élégance, avec humour tel un « hidalgo ».

Elisée Trenc

Université de Reims